L’image d’Epinal de l’anarchisme c’est souvent le boxon généralisé ou le règne du « moi, je » au détriment de l’autre. Cette vision, bien qu’apparemment attachée à certains courants anarchistes, anarchisme de droite qui y mêlent l’individualisme poussé à l’extrême. L’anarchisme est un système individualiste, et ne peut être viable que par unité, unité pour 1 et non pour union.

Discussions sans fin pour déterminer les options, et comme chaque individualité peut avoir une vision différente, la naissance de conflits entre tendance se fait jour, et ce système porte ses propres échecs. Curieusement, l’anarchie est en général classée de gauche. Mais c’est un non-sens. Les idéologies de gauche sont basées sur un Etat hypertrophié et balourd, en général irrespectueux de ses citoyens.

Comme l’anarchie prône l’absence de structure centrale, et l’épanouissement individuel, cela ne peut pas être de gauche.

Mais historiquement, dans les années 20, quand l’anarchisme était un vrai courant politique, ceux le pratiquant étaient perçus comme remettant en cause l’ordre existant. Et à l’époque, on ne remettait pas en cause l’ordre existant si on était de droite. D’où la classification de l’anarchisme en idéologie de gauche. Certains penseurs libertaires américains comme Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson et Walt Whitman, préfigurent l’anarchisme contemporain de la contre-culture, de l’écologie, ou de la désobéissance civile. Pendant la Révolution française, le mouvement des Enragés s’oppose au principe jacobin du pouvoir de l’État et propose une forme de communisme. L’un de ses porte-paroles, Jacques Roux, surnommé « le curé rouge », critique la notion de propriété, multiplie les attaques contre les riches, justifie les pillages de boutiques, les qualifiant de restitutions.

« Pour Moi, il n’y a rien au-dessus de Moi ». Pour lui, l’« Homme » est une généralité abstraite qui n’épuise pas l’individualité de chacun, car chacun est unique, et par là, il est « plus qu’homme ». Stirner affirme, « Je suis unique et indicible » : l’Unique est pour chacun, lui-même, en tant que l’individu vivant et unique qu’il est.

(1845, Max Stirner publie L’Unique et sa propriété (Der Einzige und sein Eigentum) qui devient la référence théorique fondatrice de l’anarchisme individualiste)

L’Unique est souverain, il ne s’aliène à aucune personne, ni à aucune idée, et considère l’ensemble du monde comme sa propriété dans le sens où il s’approprie tout ce que son pouvoir lui permet de s’approprier. À la différence des rapports d’autorité de la société, rapports forcés et placés sous le signe de la soumission à la loi, à l’État, Stirner envisage pour refonder la vie sociale, un associationnisme libre et volontaire, auquel nul n’est tenu, une association d’égoïstes où la cause n’est pas l’association mais celui qui en fait partie. Cette association n’est pas, pour l’Unique, une soumission, mais une multiplication de sa puissance.

Face à la guerre, les réactions des anars français furent multiples. Ayant en mémoire la boucherie de 14-18, les pacifistes engagés avec Louis Lecoin autour du tract Paix immédiate ne ménagèrent pas leurs efforts pour tenter d’éviter une guerre devenue hélas incontournable (notons tout de même que certains égarés, en petit nombre heureusement, confondirent peu après armistice et pacifisme. Mais qui n’a pas eu ses brebis galeuses durant cette période ?). Il y eut aussi de nombreux déserteurs, des insoumis qui n’avaient nullement l’intention de « se faire trouer la peau pour le capitalisme ». D’autres luttèrent dans les camps et les prisons où ils étaient enfermés.

Enfin, les anars apportèrent bien sûr leur contribution dans les maquis et les réseaux. Pour donner un aperçu de la diversité des situations, citons quelques exemples. Sur Marseille, un groupe anar clandestin édita pendant trois ans tracts, journaux et affiches. Celle intitulée « Mort aux vaches » se terminait par « Crève-les toutes » : qu’elles portent en grelot une croix gammée, une étoile rouge, l’ordre de la Jarretière, la croix de Lorraine ou une francisque. Vive la liberté ! Vive la paix ! Vive la révolution sociale ! »

Lors de la Révolution française, les enragés étaient un groupe de révolutionnaires radicaux qui eurent notamment pour représentant le prêtre constitutionnel Jacques Roux. Ils revendiquent l’égalité civique et politique mais aussi sociale, préconisant la taxation des denrées, la réquisition des grains et des taxes sur les riches.

PIERRE MONATTE

« Mon désir n’est pas tant de vous donner un exposé théorique du syndicalisme révolutionnaire que de vous le montrer à l’œuvre et, ainsi, de faire parler les faits. Le syndicalisme révolutionnaire, à la différence du socialisme et de l’anarchisme qui l’ont précédé dans la carrière, s’est affirmé moins par des théories que par des actes, et c’est dans l’action plus que dans les livres qu’on doit l’aller chercher.
Il faudrait être aveugle pour ne pas voir tout ce qu’il y a de commun entre l’anarchisme et le syndicalisme. Tous les deux poursuivent l’extirpation complète du capitalisme et du salariat par le moyen de la révolution sociale. Le syndicalisme, qui est la preuve d’un réveil du mouvement ouvrier, a rappelé l’anarchisme au sentiment de ses origines ouvrières ; d’autre part, les anarchistes n’ont pas peu contribué à entraîner le mouvement ouvrier dans la voie révolutionnaire et à populariser l’idée de l’action directe. Ainsi donc, syndicalisme et anarchisme ont réagi l’un sur l’autre, pour le plus grand bien de l’un et de l’autre.

C’est en France, dans les cadres de la Confédération générale du travail, que les idées syndicalistes révolutionnaires ont pris naissance et se sont développées. La confédération occupe une place absolument à part dans le mouvement ouvrier international. C’est la seule organisation qui tout en se déclarant nettement révolutionnaire, soit sans attaches aucunes avec les partis politiques, même les plus avancés. Dans la plupart des autres pays que la France, la social-démocratie joue les premiers rôles. En France, la C.G.T. laisse loin derrière elle, par la force numérique autant que par l’influence exercée, le Parti socialiste elle prétend représenter seule la classe ouvrière, et elle a repoussé hautement toutes les avances qui lui ont été faites depuis quelques années. L’autonomie a fait sa force et elle entend demeurer autonome.

Cette prétention de la C.G.T., son refus de traiter avec les partis, lui a valu de la part d’adversaires exaspérés, le qualificatif d’anarchiste. Aucun cependant n’est plus faux. La C.G.T., vaste groupement de syndicats et d’unions ouvrières, n’a pas de doctrine officielle. Mais toutes les doctrines y sont représentées et y jouissent d’une tolérance égale. Il y a dans le comité confédéral un certain nombre d’anarchistes ; ils s’y rencontrent et y collaborent avec des socialistes dont la grande majorité – il convient de le noter au passage – n’est pas moins hostile que ne le sont les anarchistes à toute idée d’entente entre les syndicats et le parti socialiste.

 

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