Le travail a toujours été considéré comme le plus grand intégrateur social. Ainsi, des générations d’immigrés se sont intégrées à la société par le travail dans les secteurs du bâtiment, des mines et de la sidérurgie. Celui-ci permet l’accès au revenu, aux droits sociaux, mais aussi à un réseau de sociabilité et à une identité sociale, c’est-à-dire au bout du compte à une citoyenneté réelle. Le travail permet d’abord de s’ancrer dans des normes collectives. Il conduit à partager le même rythme de vie (horaires journaliers, week-end, vacances), d’accéder aux normes de consommation en vigueur (voiture, logement…) mais aussi de bénéficier de la protection sociale (maladie, vieillesse, assurance, chômage) et d’éprouver ainsi le sentiment d’être un membre de la société. Ce sentiment, se ressent aussi au niveau du collectif de travail, de la fréquentation des collègues, de l’appartenance à un syndicat ou à une association dérivée de l’univers professionnel. De cette manière les individus peuvent tisser un réseau relationnel qui, au fil du temps, devient souvent un réseau amical.

Mais le travail contribue aussi à l’individualisation des personnes. L’emploi salarié est une manière décisive de s’affranchir de la tutelle parentale ou conjugale. Par exemple l’activité féminine a toujours été très élevée au cours du XXe siècle dans l’agriculture et le commerce, mais dans une situation où l’employeur était souvent le conjoint. Il faudra attendre les années 1960 pour que l’ancrage dans le salariat permette une plus grande autonomie aux femmes actives et les conduise à remettre en cause la domination qui s’exerçait sur la condition féminine. 

Les mutations de l’emploi ont été considérables au cours des quarante dernières années. Elles se sont accompagnées d’une dégradation d’une dégradation de la norme d’emploi issue des Trente Glorieuses, où le marché du travail était essentiellement caractérisé par le plein-emploi, des contrats à durée indéterminée et une grande stabilité des carrières professionnelles. Depuis la fin des années 1970, le chômage de masse et la précarisation des emplois (CDD, stages, intérim…) ont fragilisé la condition salariale. Malgré cela, les normes sociales se bâtissent encore largement autour du travail et de la valeur qui est accordée. Lorsqu’on observe la situation des chômeurs de longue durée, on peut comprendre par défaut l’importance de l’emploi et du travail comme instance d’intégration. Etre écarté longuement de l’emploi, c’est d’abord connaitre une baisse considérable de ses revenus : après la période d’indemnisation, les chômeurs en fin de droits n’ont accès qu’à l’allocation de solidarité spécifique (ASS), voire au revenu de solidarité active (RSA), dont les montants les obligent à affronter la pauvreté au quotidien. C’est donc se sentir exclu des normes usuelles de consommation et même parfois des plus essentielles (accès au logement, à une nourriture suffisante, à un habillement décent…).

Au-delà des conditions matérielles d’existence, être privé d’emploi, c’est faire l’expérience d’une dégradation de l’image de soi, être marqué par le sentiment de son inutilité sociale.

Cela peut conduire au repli sur soi et à une dégradation de son état de santé. Toutes les enquêtes montrent ainsi que le risque d’être concerné par une pathologie grave est plus important chez les personnes exclues durablement de l’emploi. Les liens familiaux sont également affectés. Le fait d’être au chômage, fragilise aussi les couples. La probabilité d’une rupture est donc plus importante lorsqu’un des deux partenaires traverse une période de chômage.

Image associée

 

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s